LE RÈGNE DE BARBARIE (1980)

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à bout portant et profane l’Inviolé Chante Oum Kalthoum en pleine cybernétique Chante le Nil Les barrages spectaculaires Tes pyramides et les nôtres Les cœurs de siècles descendants L’amour fou Suspendues quaternaires Ne crains pas d’accumuler les clichés Ma gazelle aux niagaras de parfums L’oubli semant son chapelet de romances Les traces du campement et la monture L’œil monte Eclate en regards de tarentules vitreuses Abîmes tailladés en robinets de miel En tuyaux de lait sacramentel Chante un peu si ce n’est pour l’ordre funèbre ce sera pour le cortège Chante que j’écrive le Livre des morts Le testament oral des races soumises Que je désemmièvre la malédiction qui nous a frappés au sommet de la greffe Que j’ordonne à la Création une déroute exemplaire Que j’insolence la misère touffue des jungles intérieures Chante ta voix nous pourfend et nous fait rire au summum de la jouissance

« les peuples se sont arrêtés pour attester comment dans mon unicité j’édifie les bases de la gloire »

Chante le Croissant aride Chante le mur des lamentations moi je côtoie le mur de la honte Chante étoile déterreuse d’Orient tombé en panne Chante un peu que je te donne mes yeux Ton amour fétiche à l’orteil agile de l’Afrique violée en cérémonies cycliques Chante l’impossible du bras appréhendant l’outil L’impossible de la main appréhendant le corps L’impossible orgueil de ta race défaite

Cri du rossignol des poètes imbéciles Cri de la rage clignotante d’aérolithes sarclés Cri de la tripe à l’orée des abattoirs Cri du gâchis séculaire intimant l’Arrêt
cri des concentrations boulimie de l’argent
cri des trésors miraculés suspendus aux sorciers
cri charlatanerie docte à la suite du pouvoir
cri salué des flancs du génocide
cri médiéval lumière des époques obscures
cri je patine sur les rails du chaos
cri le vent s’arrêtera changé criquets à la gesticulation
cri tassé à la lie de la mémoire devenue organe
cri de Continent le tam-tam nous couvre des voix
cri gosier tu ne contiens que la plus dérisoire de mes détonations
cri je suis plus qu’homme quelque chose quelqu’un en tragique expansion
cri coulée mienne incandescente
cri je noierai cette planète d’une poésie asphyxiante
marteau-piqueur gaz bruts que je réserve
cri je sais parler mais pas aux puissants
cri o b j e c t e u r
cri la trahison de l’ami du déporte-parole
cri les dégueulades tournées du marasme
cri la bile renvoyée en quadrilatères hissés
cri prostitution du musicien singe à se tordre
cri la morgue philosophale criticaillante
nous enterrant en notre nom vivants
cri qu’on foute la paix aux salauds que nous sommes
cri Assez

impudique chanteuse Vieille hétaïre Nous scalpant dans le sang fébrile Nous embobinant Nous lâchant fétu et paille à la fraternité du délire sensitif D’un lyrisme que nous pétons mutations de toutes facultés Nous tapant sur les cuisses et les dos mutuels Ronronnant l’imbécile refrain de la fraternité d’exclusion Chante Oum Kalthoum ta voix nous pourfend et nous fait rire au summum de la jouissance

fossile carnivore Sœur du mammouth surpris Mais incalculable
f o r c e