TOUS LES DÉCHIREMENTS (1990)

Cette lumière
n’est pas à décrire
elle se boit
ou se mange

Le jaune attend le bleu
qui s’attarde avec le vert
le blanc sourit
à cette scène ordinaire
du dépit amoureux

Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
Il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
Il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

La rosée
ce n’est que de l’eau
mais c’est une eau amoureuse

Je ne le nie pas
l’écriture est un luxe
mais c’est le seul luxe
où l’homme
n’exploite que lui-même

Le prophète détruit les idoles
le tyran
édifie des statues

J’ouvre la fenêtre
de mon jardin secret
Les prédateurs ont tout saccagé
ils ont emporté
jusqu’au secret de mon jardin

Souvent
je me sens diminué
fautif quelque part
quand on vient me féliciter

Je n’attends rien de la vie
je vais
à sa rencontre

(Éditions de la Différence, 2006)